Fabriquer des volets en bois avec peu d’outils : le mode d’emploi

On a une fenêtre de 120 sur 100, un garage avec une scie sauteuse, une perceuse-visseuse et quelques serre-joints. Pas de défonceuse, pas de scie sur table. La question n’est pas de savoir si on peut fabriquer des volets en bois dans ces conditions, mais plutôt quelles concessions faire pour que le résultat tienne dans le temps sans atelier complet.

Choisir une essence de bois adaptée aux volets extérieurs

Le choix du bois conditionne tout le reste. Un volet reste exposé aux UV, à la pluie et aux variations de température. Avec peu d’outils, on ne peut pas se permettre de travailler une essence capricieuse qui vrille ou fend au moindre changement d’humidité.

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Le pin douglas et le mélèze sont les deux options les plus accessibles en scierie ou en négoce bois. Les deux résistent naturellement à l’humidité sans traitement autoclave. Le red cedar fonctionne aussi, mais il est nettement plus cher et plus tendre, ce qui complique le vissage.

  • Le pin douglas offre un bon compromis entre prix, durabilité et facilité d’usinage à la scie sauteuse. On le trouve facilement en lames rabotées de 21 ou 27 mm d’épaisseur.
  • Le mélèze est plus dense, plus stable dimensionnellement, mais demande des lames de scie neuves sous peine d’éclats sur les coupes.
  • Le sapin ou l’épicéa, souvent proposés en premier par les grandes surfaces de bricolage, ne tiennent pas en extérieur sans traitement classe 3 minimum. On les évite pour des volets.

On vise des planches d’au moins 21 mm d’épaisseur. Plus fin, le volet manque de rigidité. Plus épais, le poids augmente et les gonds d’entrée de gamme souffrent.

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Femme découpant des lames de bois à la scie égoïne dans un jardin pour la fabrication de volets artisanaux

Assemblage de volets battants avec barres et écharpe : la méthode sans machine

Les concurrents détaillent souvent des assemblages à emboîture, tenons-mortaises ou bouvetage. Ces techniques donnent d’excellents résultats, mais elles supposent une défonceuse avec guide, voire une toupie. Avec une scie sauteuse et une perceuse-visseuse, on se rabat sur l’assemblage le plus ancien et le plus robuste dans sa catégorie : barres horizontales et écharpe en Z.

Préparer les lames verticales

On débite les lames à la scie sauteuse, en se guidant avec un tasseau serré au serre-joint comme règle de coupe. La longueur correspond à la hauteur de la baie, moins un jeu de fonctionnement d’environ 5 mm en haut et en bas.

Les lames sont posées bord à bord sur deux tréteaux. Pour éviter le jour entre les planches après séchage, on peut simplement les plaquer les unes contre les autres sans rainure-languette. Les retours varient sur ce point : certains bricoleurs constatent des jours après un été, d’autres non. Tout dépend du taux d’humidité du bois au moment de l’assemblage.

Fixer les barres et l’écharpe

Deux barres horizontales (traverses) et une diagonale (écharpe) forment le Z au dos du volet. L’écharpe n’est pas décorative : elle empêche le volet de s’affaisser côté opposé aux gonds. Sans elle, le coin libre descend de quelques millimètres par mois sous l’effet de la gravité, et le volet finit par frotter ou ne plus fermer.

On positionne la barre haute à environ 15 cm du bord supérieur, la barre basse à 15 cm du bord inférieur. L’écharpe relie le coin bas côté gonds au coin haut côté opposé. Ce sens est le seul qui fonctionne mécaniquement : la diagonale travaille en compression vers le gond inférieur.

On fixe chaque intersection barre-lame avec deux vis inox de 4 x 40 mm minimum. L’inox est non négociable en extérieur : des vis acier zinguées rouillent et marquent le bois de traînées noires en quelques mois. On pré-perce à un diamètre légèrement inférieur à celui de la vis pour éviter de fendre les lames, surtout en bout de planche.

Volets bois et confort d’été : un angle souvent ignoré

On fabrique des volets pour des raisons esthétiques ou de sécurité, rarement en pensant à la thermique. C’est pourtant un point qui mérite attention. Depuis l’entrée en vigueur de la RE2020, les volets sont explicitement pris en compte comme protections solaires extérieures pour limiter les surchauffes dans les logements, en particulier sur les façades sud et ouest.

En période de canicule, les recommandations officielles insistent sur un usage précis : fermer les volets exposés au soleil en journée, les ouvrir le soir et la nuit pour rafraîchir. Quand on fabrique soi-même, on peut intégrer cette contrainte dès la conception.

Un volet trop lourd ou équipé de ferrures mal choisies décourage la manœuvre quotidienne. On privilégie des gonds à repos (gonds de scellement avec arrêt) qui maintiennent le volet ouvert sans crochet supplémentaire, et un poids total raisonnable par vantail.

Volets en bois faits main appuyés contre un mur extérieur en pierre avec outils de menuiserie traditionnels

Traitement et finition des volets bois avant pose

Le traitement se fait impérativement avant la pose sur les gonds. Une fois le volet fixé au mur, les faces cachées (dos, chants, dessous des barres) deviennent quasi inaccessibles. Toute zone non protégée absorbe l’eau et devient un point de départ pour le pourrissement.

Avec du pin douglas ou du mélèze, un saturateur extérieur suffit. Le saturateur pénètre dans la fibre sans former de film en surface, ce qui évite l’écaillage. On applique deux couches au pinceau large, en insistant sur les bois de bout (extrémités des lames et des barres), qui absorbent davantage.

  • Poncer légèrement au grain 120 avant la première couche pour ouvrir les pores du bois.
  • Appliquer la première couche de saturateur sur toutes les faces, y compris le dos et les chants.
  • Laisser sécher au moins 24 heures entre les deux couches, davantage si le temps est humide.
  • Vérifier les bois de bout : s’ils absorbent encore le produit au toucher, passer une troisième couche localisée.

Si on préfère un volet peint, on applique d’abord une sous-couche microporeuse, puis deux couches de peinture bois extérieur. La peinture protège mieux des UV que le saturateur, mais demande un entretien plus contraignant (ponçage et remise en peinture tous les quelques années au lieu d’un simple rafraîchissement au saturateur).

Quincaillerie et pose de volets battants sur façade

La quincaillerie est le poste que les bricoleurs sous-estiment le plus souvent. Des gonds inadaptés ou des pentures trop fines transforment un bon volet en source de frustration.

On utilise des gonds à scellement pour les murs en pierre ou en parpaing, des gonds à visser pour les encadrements bois. Chaque vantail nécessite au minimum deux gonds, trois si la hauteur dépasse 150 cm. Les pentures (les pièces métalliques fixées sur le volet et qui s’emboîtent sur les gonds) doivent couvrir au moins les deux tiers de la largeur du vantail pour bien répartir le poids.

Avant de percer la façade, on présente le volet en position fermée avec l’aide d’une deuxième personne. On repère les emplacements des gonds au crayon, en vérifiant l’aplomb au niveau à bulle. Un décalage de quelques millimètres suffit à empêcher la fermeture correcte, et corriger un trou de scellement raté dans un mur en parpaing n’a rien de simple.

Fabriquer des volets en bois avec une scie sauteuse et une perceuse-visseuse reste tout à fait faisable, à condition de ne pas chercher à reproduire des assemblages d’atelier. L’assemblage à barres et écharpe vissées tient ses promesses depuis des décennies sur les façades rurales. Le vrai piège, c’est le bois mal choisi ou la quincaillerie sous-dimensionnée, pas le manque d’outils.