Refaire les joints de carrelage d’une salle de bain

Refaire les joints de carrelage d’une salle de bain ne se résume pas à un geste esthétique. Des joints noircis, fissurés ou décollés signalent souvent un défaut d’étanchéité qui expose le support à l’humidité, avec des conséquences sur la structure du mur ou du sol.

Avant de sortir le pistolet à mastic, la question qui oriente tout le chantier est celle du type de joint à remplacer : joint de carrelage en mortier (entre les carreaux) ou joint d’étanchéité en silicone (aux jonctions baignoire-mur, receveur-paroi). Les deux ne se posent pas de la même façon, ne protègent pas contre les mêmes risques et n’ont pas la même durée de vie.

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Mortier de joint ou mastic silicone : ce que chaque matériau protège réellement

La confusion entre ces deux produits est la première source d’erreur. Le mortier de joint (ou coulis) remplit l’espace entre les carreaux. Il assure la cohésion de la surface carrelée et limite les infiltrations entre les carreaux eux-mêmes. Le mastic silicone, lui, absorbe les mouvements de dilatation aux jonctions entre deux matériaux différents : carrelage et baignoire, carrelage et receveur de douche, carrelage et profilé d’angle.

Critère Mortier de joint (coulis) Mastic silicone
Emplacement Entre les carreaux (mur et sol) Jonctions baignoire-mur, receveur-paroi, angle de changement de plan
Composition Ciment ou résine époxy Élastomère silicone (acétique ou neutre)
Souplesse Rigide une fois sec Reste souple en permanence
Durée de vie typique Plusieurs années si bien dosé Nécessite un remplacement plus fréquent en zone humide
Résistance à la moisissure Moyenne (dépend de la porosité) Variable selon la formulation (traitement fongicide ou non)
Outil de retrait Grattoir à joint, outil multifonctions Cutter, produit dissolvant silicone

Remplacer du silicone par du mortier (ou l’inverse) compromet l’étanchéité. Un joint de silicone posé entre les carreaux fissurera sous les contraintes mécaniques. Du mortier appliqué en jonction baignoire-mur se décollera dès les premiers mouvements de dilatation.

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Femme retirant l'ancien joint de carrelage autour d'une baignoire avec un outil de ragréage

Étanchéité sous carrelage en douche : la limite cachée du rejointoiement

Les guides pratiques présentent le rejointoiement comme une opération suffisante pour régler un problème d’humidité. Dans la plupart des cas, c’est exact pour un mur de salle de bain éloigné des projections directes d’eau. En revanche, pour les parois de douche et les zones directement exposées, la situation est différente.

La norme NF DTU 52.2 et les recommandations du CSTB (cahier CPT 3714) imposent un système de protection à l’eau sous carrelage (SPEC) dans les locaux classés EB+ privatif, c’est-à-dire les douches. Ce système se pose sous les carreaux, avant le carrelage, et constitue la vraie barrière contre les infiltrations.

Refaire les joints seuls sur une douche dépourvue de SPEC ne restaure pas l’étanchéité réglementaire. Si vous constatez des infiltrations récurrentes malgré des joints neufs, l’absence de cette membrane sous-jacente est une cause fréquente. La seule solution conforme consiste alors à déposer une partie du carrelage pour reprendre l’étanchéité en sous-couche.

Ce point est rarement mentionné dans les tutoriels, mais plusieurs guides techniques publiés récemment le signalent comme une cause fréquente de pathologies d’humidité et de litiges assurantiels, même lorsque les joints visibles sont refaits régulièrement.

Refaire les joints de carrelage en mortier : méthode et erreurs à éviter

Retrait de l’ancien mortier

La profondeur de grattage conditionne la tenue du nouveau joint. Il faut retirer l’ancien mortier sur au moins la moitié de l’épaisseur du carreau. Un grattoir manuel suffit pour de petites surfaces. Pour un mur entier, un outil multifonctions oscillant avec une lame adaptée réduit le temps de travail et limite le risque de rayer l’émail des carreaux.

  • Commencer par les joints verticaux, puis traiter les joints horizontaux, pour éviter que des morceaux de mortier ne se coincent dans les lignes déjà nettoyées.
  • Aspirer la poussière et les résidus au fur et à mesure, car le nouveau mortier n’adhère pas sur un support poussiéreux.
  • Vérifier que le support derrière les joints ne présente pas de traces noires profondes (moisissure structurelle) : si c’est le cas, un simple rejointoiement ne résoudra pas le problème.

Préparation et application du nouveau mortier

Le mortier de joint se mélange à l’eau selon les proportions indiquées par le fabricant. Un mélange trop liquide se rétracte en séchant et fissure. Un mélange trop épais ne pénètre pas correctement entre les carreaux.

L’application se fait avec une raclette en caoutchouc (ou taloche à joints), en diagonale par rapport aux lignes de joint. Ce geste en diagonale empêche la raclette de creuser le mortier frais. Travaillez par sections d’environ un mètre carré pour éviter que le produit ne commence à durcir avant le nettoyage.

La largeur minimale de joint est de 2 mm selon les normes en vigueur. La pose dite « à joint nul » est explicitement proscrite en locaux humides.

Gros plan de mains gantées appliquant du silicone entre le carrelage mural et le sol de salle de bain

Nettoyage et finition

Après une dizaine de minutes (selon la température et l’hygrométrie de la pièce), passez une éponge humide en diagonale pour retirer l’excédent de mortier sur les carreaux. Rincez l’éponge fréquemment. Un chiffon sec termine le nettoyage une fois le joint bien pris.

Ne mouillez pas excessivement les joints frais : un excès d’eau pendant le séchage fragilise le mortier et provoque un blanchiment en surface.

Refaire un joint silicone en salle de bain : technique propre

Le mastic silicone des jonctions périphériques (baignoire, receveur, bac de douche) se dégrade plus vite que le mortier entre les carreaux. Moisissures noires incrustées, décollement partiel, perte de souplesse : ces signes imposent un remplacement complet, pas un raccord par-dessus l’ancien.

Retrait intégral de l’ancien silicone

Découpez le joint au cutter sur toute sa longueur, puis tirez-le pour le décoller en bande. Les résidus collés au support se ramollissent avec un produit dissolvant spécifique pour silicone. Grattez ensuite avec une lame plastique pour ne pas rayer l’émail de la baignoire ou du receveur.

Nettoyez la zone au vinaigre blanc ou à l’alcool ménager, puis séchez complètement. Toute trace d’humidité empêche le nouveau silicone d’adhérer.

Pose du nouveau joint

Appliquez du ruban de masquage de part et d’autre de la jonction, à distance régulière. Coupez l’embout de la cartouche en biseau, chargez le pistolet et déposez un cordon régulier en un seul passage continu.

Lissez immédiatement avec un doigt mouillé d’eau savonneuse ou avec une spatule à joint. Retirez le ruban de masquage dans la foulée, avant que le silicone ne commence à polymériser. Le temps de séchage complet avant remise en eau varie selon les produits, mais comptez généralement au moins 24 heures.

  • Choisissez un silicone formulé pour pièces humides, avec traitement fongicide, pour limiter le retour rapide des moisissures.
  • Le silicone à base neutre convient mieux aux supports poreux ou fragiles (pierre naturelle, résine), tandis que le silicone acétique (odeur de vinaigre) adhère bien sur les surfaces émaillées classiques.
  • Évitez de poser un cordon trop épais : un joint de silicone plus fin et bien lissé vieillit mieux qu’un bourrelet irrégulier qui piège l’eau en surface.

Salle de bain rénovée avec joints de carrelage refaits, propres et uniformes sur carreaux gris et blancs

Quand refaire les joints ne suffit plus : signaux d’alerte

Un rejointoiement résout la majorité des problèmes esthétiques et d’étanchéité superficielle. Mais certains signaux indiquent que le problème dépasse le joint lui-même.

Des carreaux qui sonnent creux au tapotement signalent un décollement du support. Des traces d’humidité persistantes derrière un carrelage pourtant rejointé pointent vers l’absence de SPEC en zone de douche. Des fissures qui réapparaissent systématiquement au même endroit peuvent trahir un mouvement structurel du support (retrait de dalle, défaut de planéité).

Dans ces cas, refaire les joints revient à traiter un symptôme sans corriger la cause. La dépose partielle ou totale du carrelage devient alors la seule option pour reprendre le support, poser une étanchéité conforme et recarreler dans les règles.

Le coût et le temps investis dans un rejointoiement soigné restent largement inférieurs à une réfection complète. Mais cette opération n’a de sens que si le support et l’étanchéité sous-jacente sont sains. Vérifier ces deux points avant de commencer évite de refaire le travail quelques mois plus tard.